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Time for café par Audrey Kahl


Que faire de la seule matière disponible à l’instant ?

En énigme photographique, Audrey Kahl répond simplement à cette question par la mise en scène de son théâtre intérieur. Elle recherche aussi un alter ego parmi les spectateurs. L’intermède du miroir annonce ce double regard. Qui est qui ? jusqu'où se voit-on ? Que voit-on ? Y a-t-il une permanence dans le miroir ? Quel détail nous échappe en réalité ? Il est l'occasion d'une réflexion plus large sur la photographie. 


L’exposition Time for Café est un huis-clos.

L’acte 0 : « Matins vides. Matins pleins. Matins habités » - est l'éveil à la sensualité d'une journée. Que faut-il espérer de meilleur qu'une bonne tasse de café ? 

C'est dans les premiers instants du réveil, qu’elle nous invite à lier avec elle une relation frontale.

L'acte 1 trouve sa place sur les murs de Poltred. Il déambule dans un intérieur aussi réel que fantasmé. Le chien, ponctuation de l’acte 1, invite à l'errance vers d’autres visions possibles, celles des actes 2 et 3. 


Se réservant le droit de n'avoir aucune parole à asséner ou à défendre, Audrey Kahl formule le besoin de renouer avec la matière des rêves accessibles, proches de soi. 

Les photographies ici présentées ne sont qu'un fragment de narration. Son désir est fort, celui de trouver à rêver dans les murs et les gestes qu'elle connait en aveugle. 

Le quotidien est silencieux, comme elle. C’est sans doute de là que nait son attachement pour lui. Loin du spectaculaire, imposant une lenteur nécessaire à notre époque, elle propose au regard de ralentir.


Dans sa première exposition, Audrey Kahl transmet avec simplicité l’idée que nous cherchons sans doute trop loin de notre vie une beauté accessible ici, dans un quotidien ouvert et disponible aux transfigurations du rêve.

C’est dans ce même quotidien, où la poésie est à portée de main, que puisent ses photographies. Elles nous invitent à regarder les jours qui se succèdent comme le seul exotisme valable. L’exotisme trouve sa place ici, tout près de nous, dans l'ici-bas de notre intérieur, en rêve possible, avouable et formulable à soi-même.

A travers cette tasse à café, fil d'Ariane de son exposition, Audrey Kahl affirme son espérance photographique, celle de bercer le quotidien pour que le banal dissone. Elle raconte les retrouvailles d'hier, l'ailleurs d'aujourd'hui et l'attente de demain. 

Le banal regardé en rêve devient un fugitif et chaque espace capté, une parcelle intime.

Après diverses explorations des modes de création, Audrey Kahl, dont le nom est un hétéronyme, s'arrête à présent avec la photographie pour retrouver l’enfance des sensations primitives.



«  De temps à autre dans cette forêt où de loin je me vois et me sens, une brise alanguie balaie une fumée, et cette fumée est la vision obscure et nette de la chambre où je suis, actuel, de ces meubles vagues et de ces doubles rideaux et de cette torpeur nocturne. Puis cette brise passe, et le paysage de cet autre monde redevient lui-même et seulement lui.

D’autres fois cette pièce étroite n’est qu’une cendre de brume sur l’horizon de ce pays différent…Et il y a des moments où le sol que nous foulons là-bas est cette chambre visible…

Je rêve et me perds, double où je suis moi-même […] ».


Fernando Pessoa, Livre(s) de l’inquiétude

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